Montagne : Les outils de modélisation climatologique et d’aide à la décision

Innover pour s’adapter. L’écosystème de montagne montre encore une fois son agilité en développant des outils de projection de l’évolution de l’enneigement, avec des perspectives allant jusqu’à la fin du siècle, pallier par pallier. L’objectif : donner des clés de lecture, factuelles et scientifiques, pour aider les domaines à prendre les bonnes décisions en termes d’investissements et de stratégie touristique. Il s’appelle CLIMSNOW pour Météo France et IMPACT pour la Compagnie des Alpes, deux outils mais des visées communes pour accompagner les domaines vers la transition climatique.

« Innovation Book by Mountain Planet / Réalisation : Editions Cosy »

TOUT SAVOIR DE CLIMSNOW

CLIMSNOW est né des compétences partagées de Dianeige, l’INRAE et Météo-France, un consortium alliant les performances de la recherche scientifique appliquée et les expertises de l’ingénierie touristique en stations de montagne. Abouti en 2020, il s’appuie sur des chaînes de modélisation travaillées depuis 2014 par Météo France. Depuis la création de l’outil, 97 stations en ont bénéficié, des Alpes aux Pyrénées. A la question, comment ça marche, Carlo Maria Carmagnola, chercheur Météo France, CNRS, Centre d’Études de la Neige, explique : « CLIMSNOW se sert des observations nivo-météorologiques et du réseau de mesures de Météo-France pour faire un état de l’art puis développer des projections climatiques selon 3 scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (réduction après 2050, stabilisation ou forte progression). Les données tournent sur un supercalculateur puis nous permettent d’estimer, à différentes échéances et jusqu’en 2100, les évolutions de l’enneigement. »

Pour comprendre la complexité, et la puissance des calculs, il faut savoir que la chaîne de modélisation tient compte de l’évolution de la neige naturelle bien sûr, mais aussi des effets du damage et de la production de neige de culture (selon la période, le type d’enneigeur, la température ou encore la vitesse du vent), de la pente et de l’orientation des pistes. « Les massifs sont traités individuellement, et au sein de chaque massif, on prend en compte explicitement la pente, l’orientation et l’altitude, avec huit orientations différentes, plusieurs pentes différentes et également des altitudes par bandes de 300 mètres. » explique Carlo Carmagnola.

Destinataires de l’étude, formalisée dans un rapport papier très fourni, les domaines ont alors toutes les clés pour objectiver la viabilité, secteur par secteur, projeter des choix d’investissements structurants en équipements neige de culture ou amorcer une transition de l’offre touristique. « L’un des points les plus intéressants c’est que globalement les 3 scénarios sont en phase à projection 2050. Ce qui va se passer dans 30 ans est déjà piloté par les choix du passé. Les décisions d’aujourd’hui auront un impact dans 3 décennies, d’où l’intérêt de choisir avisement. » conclut Carlo Carmagnola.

IMPACT EN QUESTION

IMPACT, son nom dit tout de son objectif : quel est l’impact du changement climatique sur l’évolution de l’enneigement en station ? Développé en 2020, IMPACT répond d’abord à un besoin d’objectivation. « Il y a beaucoup de discours sur l’avenir du ski face au changement climatique mais rien de factuel. IMPACT est né d’un besoin d’objectiver scientifiquement les choses pour aider les gestionnaires de domaine à prendre des décisions. » précise Loïc Bonhoure, directeur général adjoint de la Compagnie des Alpes. Déjà dupliqué sur les 10 domaines skiables gérés par la CDA, IMPACT s’appuie sur les données météorologiques de Météo France (limite pluie/neige, précipitation et température), puis implémente ses propres data, seuils et critères sur la production et l’exploitation de la neige de culture, l’exposition des versants et l’altitude. La modélisation prend en compte 2 scénarios réalistes de progression des émissions de GES, selon une hausse des températures de +2 et +4°C. L’analyse se personnalise enfin massif par massif, par maillage zone de 75m x 75m, et peut s’appuyer sur l’historique de l’enneigement des domaines pour valider la fiabilité de ses projections. « C’est de la modélisation confrontée à la connaissance de l’historique et de l’exploitant » complète Loïc Bonhoure. Résultat : une visualisation 3D du domaine, mois par mois, où le code couleurs vert/orange/rouge projette la viabilité de l’enneigement sur 4 périodes de 20 ans jusqu’à la fin du siècle, en spécifiant les pires années et les années médianes. « C’est un outil très visuel qui donne des clés pour l’aménagement futur du domaine : quel besoin en eau, quels investissements en neige de culture et en infrastructures téléportées si le retour ski aux pieds n’est plus possible ».

Gestionnaire de domaine skiable, la CDA a compulsé toutes ses connaissances pour produire un outil au plus proche des besoins terrain des exploitants et des aménageurs. Déjà pertinent pour modéliser l’enneigement futur et le dimensionnement en équipement de neige de culture, IMPACT a récemment intégré un nouveau module de calcul d’impact économique sur le chiffre d’affaires du domaine skiable. Deux outils pour une prise de conscience essentielle : « ce qui me semble important c’est que tout le monde s’empare du sujet climatique et qu’on objective le changement », conclut Loïc Bonhoure.

Article issu de « Innovation Book by Mountain Planet / Réalisation : Editions Cosy » 

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